*La sorcellerie au service de la révolution scientifique de l’Afrique:entre utopie et réalité *

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*La sorcellerie au service de la révolution scientifique de l’Afrique : entre utopie et réalité*

En Afrique, la sorcellerie existe depuis toujours même si elle est un sujet tabou. On en parle presque pas parce qu’elle est classée au rang des forces mystérieuses et destructives. L’écrivain camerounais Mutt-Lon brise la routine. A travers son roman « Ceux qui sortent dans la nuit », il plonge les lecteurs dans le monde ambiant et secret de la sorcellerie africaine. A l’occasion de la rencontre d’échange autour de l’ouvrage au village du Bénin (Université de Lomé), l’auteur a fait la déclaration suivante : « la sorcellerie n’est pas que négative ». Cette affirmation reflète bien le contenu de son œuvre. Dans cet ouvrage à l’écriture soignée, Mutt-Lon mène une réflexion sur la sorcellerie et le développement scientifique de l’Afrique.

Monteur à la télévision d’État camerounaise, la CRTV, Mutt-Lon est né en 1973 à Bafia (Cameroun). Il a occupé ce poste après avoir enseigné les mathématiques. Son premier roman « Ceux qui sortent dans la nuit », a reçu le Prix Ahmadou Kourouma 2014.

Dans ce roman, l’auteur raconte l’histoire d’Alain Nsona qui pour venger la mort prématurée de sa sœur va devenir un ewusu (sorcier) capable de voler librement dans la nuit. Il va forcer les portes de ces forces mystérieuses qui régissent la communauté depuis des millénaires à partir d’un certain nombre de codes réservés aux initiés. Nsona a été enrôlé dans le cercle par Ada, puissant sorcier à la tête d’une académie de sages. Par la suite, Il est contraint d’effectuer un voyage dans le temps, avec pour mission de rapporter la formule de la dématérialisation des objets. Soucieux de mettre leurs connaissances occultes au service du progrès, ces sorciers appelés ewusus projettent en effet de réaliser une révolution scientifique.

Bien que « Ceux qui sortent dans la nuit » soit un roman, fruit d’une pure imagination, elle renferme quelques graines de vérités immuables. Les sorciers existent et possèdent des forces mystiques. Mais la question que l’on se pose après avoir lu le roman et suivi les exposés de l’auteur est la suivante : existe-t-il une sorcellerie positive ? une sorcellerie capable de booster la révolution scientifique de l’Afrique ? Difficile de répondre, puisque le roman prend fin lorsque Alain Nsona est revenu de son voyage. L’auteur laisse le lecteur poursuivre la réflexion.

En poussant loin les réflexions on se rend compte que Mutt-Lon pensent que les Africains doivent retourner à leur source, dans le passé en 1705 (18è siècle) pour épouser à nouveau leurs racines. Pour lui, ce retour à la culture ancienne permettra aux Africains d’être l’auteur de leur propre révolution plutôt que de copier le Blanc. La leçon dans cet ouvrage, c’est que les Noirs arrivent à s’accrocher à leurs racines, à leurs langues, à leurs coutumes… et réfléchir là-dessus pour créer quelque chose de positif au niveau du progrès de l’humanité et du progrès de la science.

Retourner à la source est certes une idée à laquelle nous souscrivons. Mais y retourner principalement pour la découverte du fonctionnement des formules de dématérialisation comme c’est le cas dans « Ceux qui sortent dans la nuit » nous pousse à émettre des réserves. L’Afrique a perdu beaucoup de valeurs que Mutt-Lon pouvait nous inviter à chercher. Quant à la sorcellerie, dont il fait cas dans son roman, on se demande si elle peut apporter réellement un plus à la révolution scientifique de l’Afrique.

Elisée Rassan

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